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« La formation des architectes aux pratiques éco-responsables est une urgence ! » Publié sur Le Moniteur
3 septembre 2018
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« Avec un nouvel été caniculaire, 2018 s’annonce comme l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées. Pour l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM), « Ce n’est pas une surprise, ces canicules sont cohérentes avec les effets attendus du changement climatique causés par les émissions de gaz à effet de serre ». Le 6 août, un nouveau rapport de chercheurs internationaux prévenait du risque de transformer la Terre en « étuve » à cause du changement climatique.

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Au même moment, l’ONG Global Footprint Network émettait une nouvelle alerte sur l’épuisement des ressources de la planète. Le 1er août, l’humanité avait consommé en 212 jours l’ensemble des ressources naturelles que la Terre peut produire en un an. Pour la France ce jour de dépassement arrive dès le mois de mai. Selon le Global Footprint Network, ce déficit écologique est la conséquence de l’appauvrissement des ressources naturelles, agricoles, minières et énergétiques mais aussi de l’érosion des sols, de l’effondrement de la biodiversité, de l’étalement urbain, de la déforestation ou, encore, de l’accumulation de carbone dans l’atmosphère, responsable du changement climatique. Il est donc urgent d’agir et d’accélérer la transformation de nos comportements et de nos modes de construction.

« Les architectes doivent se confronter aux problèmes d’épuisement des ressources »

Nul n’ignore l’impact des secteurs de l’aménagement et de la construction sur l’environnement. Il est temps que les architectes, comme concepteurs et prescripteurs, se confrontent de manière massive aux problèmes d’épuisement des ressources, de gestion des déchets (le secteur de la construction produit à lui seul, autant de déchets que la consommation des ménages) et du changement climatique. Le bâti est responsable de 43% des consommations énergétiques. Il ne s’agit plus de subir les réglementations thermiques, mais bien d’agir avec une connaissance aiguisée des phénomènes thermiques, énergétiques et bioclimatiques pour réaliser des bâtiments confortables en été comme en hiver, économes en énergie et simples en maintenance.

Depuis le début de l’industrialisation du secteur du bâtiment, les architectes se reposent sur les bureaux d’études et relèguent aux ingénieurs chacune des petites difficultés techniques qu’ils rencontrent. C’est ainsi que les systèmes techniques s’entremêlent et se surajoutent en labyrinthes de gaines, d’équipements de chauffage central, de climatisation, d’éclairage artificiel, de ventilation mécanique, de gestion technique centralisée (GTC), etc.

L’industrie du bâtiment a progressivement remplacé la conception bioclimatique. Les ingénieurs sont devenus spécialistes des façades, simple ou double peaux ; ils prescrivent les besoins de ventilations, simple ou double flux, calculent les paramètres thermiques pour un confort normé RT2012 ; ils modélisent les bâtiments sous forme de bases de données ou BIM (building information modeling), les paramètrent, les mettent en service (commissioning) et vont jusqu’à interdire l’ouverture des fenêtres aux utilisateurs…

 

« On sait aujourd’hui construire des édifices sains et agréables à vivre sans ventilation mécanique ni climatisation, voire sans chauffage »

 

Cette escalade technophile n’est d’aucun secours pour les problèmes à venir. Les architectes doivent réapprendre à concevoir de manière simple leur bâtiment. Ils doivent être capables de calculer eux-mêmes l’inertie, les épaisseurs d’isolants, la résistance thermique des baies, la ventilation naturelle, le rafraîchissement passif, la récupération des apports de chaleur gratuits… Ils doivent se réapproprier les systèmes passifs d’éclairage et de ventilation naturels, réfléchir à un bâti bien isolé pour l’hiver mais aussi confronté à la montée des températures en été et comprendre les phénomènes physiques qui agissent sur l’espace construit.

Ils doivent aussi apprendre à réparer, recycler, réhabiliter le bâti existant et à en réemployer les matériaux autant que les espaces… De nombreuses alternatives sont déjà en place mais elles sont très minoritaires. On sait aujourd’hui construire des édifices sains et agréables à vivre sans ventilation mécanique ni climatisation, voire sans chauffage. On sait construire en bois, en paille ou en terre crue. A l’échelle du territoire et de la ville, on sait travailler avec les ressources locales, être respectueux des sols, de la qualité de l’air, des ressources d’eaux, de la biodiversité, etc.

Les architectes doivent se réapproprier ces pratiques, réapprendre à travailler avec des matériaux naturels et renouvelables, penser la conception bioclimatique, pour réduire au minimum l’empreinte écologique et les consommations d’énergie de leurs projets, tout en assurant un confort accru à leurs habitants et usagers.

A l’heure où l’humanité est devenue une force géologique, nous savons que l’aménagement du territoire, la fabrication des villes et l’industrialisation des campagnes transforme, altère et bouleverse profondément la planète, il conduit à un réchauffement climatique qui, à terme, rendra la terre inhabitable pour le vivant. Un réveil est nécessaire pour les architectes, les urbanistes, les acteurs de la construction, qui peuvent devenir moteurs dans la transition d’une société de consommation vers une société respectueuse de ses ressources et de son environnement. »

Ivan Fouquet, architecte DPLG

https://www.lemoniteur.fr/article/la-formation-des-architectes-aux-pratiques-eco-responsables-est-une-urgence.1988254

L’auteur :

Ivan Fouquet est architecte DPLG. Diplômé en 2002, il fonde l’agence ‘fair’ avec Baptiste François, en 2015, après avoir exercé dans plusieurs agences d’architecture à Paris et à San Francisco.

‘fair’ (fabrique d’architectures innovantes et responsables) est une scop d’architecture engagée dans les transitions énergétique, écologique et sociale. Consultant bâtiments écoresponsables, il est membre de l’Institut pour la Conception Environnementale du Bâti (ICEB – http://www.asso-iceb.org/) et enseigne depuis 2010 sur les questions de développement durable, de performances et de réhabilitations énergétiques.